Interview de François Gau

Interview de François Gau

Interview de François Gau accordée à ActuBonsaï sur le niveau et l’avenir du bonsaï français.

Présentation :

interview francois gau bonsai francaisJ’ai débuté le bonsaï dans les années 88 cela fait donc 25 de pratique. Les dix premières en autodidacte sans informations, pas d’internet, les revues telle que France bonsaï n’existaient pas, seul bouquin comme référence  la bible du bonsaï  John NAKA  tome un et deux.

2004  ma première expo congres national de Royan suivies de cinq années consécutives et toutes récompensées par un prix. J’ai participé à de nombreuses expositions internationales telles que la Ginkgo, UBI, Les jolis matins de juin à Monaco. récompensé à mainte fois au sur plusieurs expo internationales telle que : le premio oléa en Espagne, FIB festival international du bonsaï, oltro verde bonsai compétition en Italie.

Récompense suprême  en 2007 à Ostende   en Belgique avec un premier prix à EBA, également à Mulhouse  au top trente qui réunissait les trente meilleurs bonsaï européen.

J’ai également assuré de nombreuses démonstrations sur ces manifestations et principalement sur les conventions des Esprits de Goshin dont je suis actuellement le président. A la demande de clubs je me déplace fréquemment pour assurer des formations ou stages

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L’interview :

ActuB : On parle beaucoup du niveau du bonsaï français ces derniers temps. C’est quoi selon vous l’idée qui se cache derrière cette expression de « niveau » ? Qu’est-ce que l’on entends par là ? Et comment évaluez-vous le niveau du bonsaï français à l’heure actuelle ?

F.GAU : Le bonsaï français à énormément évolué les dix dernières années ceci est certainement dû en partie à la FFB mais également aux écoles qui ont vues le jour dans les années 2000\2005.

Passé ces dates, nous assistons à une stagnation  de l’évolution de cet art, la décroissance du nombre de bonsaïka influant directement sur la quantité et qualité de nos arbres.

Effectivement si l’on fait le tour des expositions internationales le bonsaï français, est très peu représenté et ne nous le cachons pas ; bien en dessous de ce que peuvent présenter les espagnols, italiens etc.

buis bonsai primé euro top 30
Buis premier prix à l’eurotop30 à Mulhouse en 2010

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ActuB : Selon moi, le niveau c’est ce que l’on montre aux bonsaïka français et étrangers lors de nos expositions, ateliers etc. et par le biais de nos médias : forums, sites web, facebook, blogs, magazines. C’est avant tout une Image (au sens large du terme) que l’on va partager pour communiquer sur notre savoir faire.

On rêve beaucoup devant les bonsaï japonais, très souvent par le biais de magazines ou de sites internet, très très rarement en les voyant en vrai lors d’une exposition.

F.GAU : Pas que les japonais, j’apprécie l’approche indonésiens qui construisent des arbres avec de plus grands et nombreux espaces vides.

ActuB : En France nous avons de très beaux arbres, mais nous ne semblons pas bénéficier d’une image à la hauteur de notre savoir faire.

F.GAU : Je ne suis pas certain qu’en France, nous ayons  de nombreux  arbres de qualité,  une dizaine de bonsaïka français peuvent prétendre présenter des arbres qui seront remarqués en expo internationale, je ne parle même pas de primés.

Les bonsaika  d’un niveau confirmé exposent de moins en moins, les expos nationales et régionales reflètent ce désengagement et renvoie l’image d’un niveau moyen. La crise a  joué un rôle important au moment où la FFB n’a pas été très fédératrice.

ActuB : Pensez-vous que ceci soit dû à un déficit de communication et de moyens mis à cette communication?

F.GAU : La communication n’a jamais été si facilitée par le biais de forum, de blog, de réseaux sociaux tels que Facebook, ce n’est pas un  problème de moyen mis disposition. Je remarque simplement que les pointures françaises communiquent peu, se sont ils lassés ? alors que nous sommes inondés par un flot d’information venant de bonsaïkas étranger, accentuant  ainsi l’image négative du bonsaï français.

Oui le français a du mal a communiquer, il n’y a qu’a voir sur les forums la différence entre le nombre de lecteurs et de posteurs.

Principale source d’information les forums ont grandement contribué à la progression du bonsaï, bien qu’ils soient didactiques et indispensables ils s’adressent à des amateurs peu confirmés, et nous renvoient une image d’un niveau moindre. Les sujets de haut niveau étant plus rarement traités.

buis double tronc de francois gau

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ActuB : Nous disposons de trois magazines de bonsaï, mais seul Espr it Bonsaï est conçu et développé en France ; France Bonsaï et Bonsaï Focus étant des médias produits à l’étranger et traduits en français.

Aujourd’hui l’orientation des magazines papiers est tournée vers la masse des bonsaïka amateurs qui recherchent des articles pour apprendre le bonsaï, les techniques etc. C’est ce qu’il se vend de mieux, et pour vivre les magazines ont besoin de se vendre surtout dans cette période ou le secteur de la presse est durement touché par la crise.

Pour faire rayonner le bonsaï français à l’étranger ne serait-il pas nécessaire d’avoir dans notre presse papier des articles orientés sur les arbres prélevés et travaillés chez nous? Que ces articles disposent de belles photos faites en studio et que celles-ci puissent être communiquées de manière encadrée sur les médias du net, avec pourquoi pas des textes traduits en anglais?

F.GAU :  N’étant plus abonné à aucune revue, mon avis n’est pas très pertinent, mais il m’arrive souvent de les  feuilleter chez des amis. Je décernerais une mention à esprit bonsaï  pour la qualité de ses articles, qu’ils s’adressent au débutant ou aux amateurs plus confirmés.

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ActuB : Les bonsaï de très haut niveau sont tous des yamadori, ce qui est naturel puisque la production en France est quasi-inexistante. Mais surtout, tous ces beaux arbres ne sont créés que par une poignée de bonsaïka talentueux.

F.GAU :  Il n’y a qu’a voir dans les expos internationales les arbres remarqués sont soit des yamadori soit des imports.

Le yamadori est mot tabou en France, synonyme d’argent facile, engendrant des jalousies  qu’il en est même difficile d’aborder le sujet sur les medias forums sans lever de polémiques.

Pourtant la France, et particulièrement le sud, est dotée de sites exceptionnels : Alpes, Pyrénées, massif central et bassin méditerranéen sont autant de terrains de jeux sur lesquels on peut trouver de grandes quantité d’arbres de qualité. Nous n’avons rien à envier aux pays limitrophes.

Tout les pays ont recours au yamadori qu’ils soient européens, Americains, indonésiens ;  seul les japonais ont arrêté cette pratique désormais interdite chez eux.

Le yamadori est une voie dans le bonsaï, comme il en existe d’autres tout aussi respectables.

Nombreux sont ceux qui pensent que l’on obtient rapidement un bonsaï à partir d’un yamadori. Je leur répondrais que non, il faut en général de six à dix ans pour avoir un arbre convenable, pensez à ce que l’on peut obtenir dans cette même période avec un arbre de jardinerie. La seule différence au final étant le mochikomi déjà présent sur le yamadori.

N’oublions pas les imports qui sont très intéressants mais également onéreux, ils possèdent de nombreuses qualités, après quelques année de travail on peut se les « approprier »

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ActuB : Ne pensez-vous pas que pour faire monter le niveau en France nous devrions constituer des groupes de travail autour de ces personnes. Des groupes qui organisent le prélèvement, la reprise, les premiers travaux etc avec à la tête des bonsaika talentueux. On pourrait laisser de côté les ego pour servir des projets plus grands.                                                                       

F.GAU : Les groupes de travail existent déjà, il n’y a qu’à voir le nombre d’écoles qui ont vu le jour ces dernières années. Hélas le bonsaï étant un art mineur peu de personnes y investissent leur temps et de l’argent.

Pour ce qui est des groupes de prélèvement !!!!!  Demandez donc à votre voisin le lieu où il récolte ses champignons.

Dans mon clubs nous organisons des sorties prélèvement, le matériel récolté n’est pas de très bonne qualité mais offre de bonnes bases de travail.

buis ishizuki - bonsai sur roche

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ActuB : Au fil des ans le bonsaï français c’est organisé autour du bénévolat et de l’amateurisme. Les professionnels n’occupent aujourd’hui qu’un rôle en périphérie dans l’organisation générale alors qu’ils en sont dépendants pour vivre et pérenniser leur entreprise.

Mon avis c’est qu’il faudrait retourner ce système pour placer les pros au centre afin qu’ils offrent une structure avec des moyens et des ambitions professionnelles et constituent ainsi la colonne vertébrale autour de laquelle s’articulerait notre passion. La réussite du rayonnement du bonsaï français irait de paire avec leur réussite commerciale ce qui peut constituer un important levier de motivation et de moyens. Ne pensez-vous pas qu’il serait bon qu’ils aient la possibilité de structurer l’environnement de leur gagne-pain?

F.GAU : Que cela soit dans le sport, l’art, les loisirs, l’enseignement de base est assuré à 90% par le bénévolat. Le professionnel intervient pour mettre à disposition le matériel nécessaire à l’assouvissement de la pratique.

Je pense que c’est en train de changer, face à la crise certains se regroupent, ouvrent  des stages, montent des expositions.


4 réponses à “Interview de François Gau”

    • Merci Michel,
      moi aussi j’ai beaucoup apprécié ses réponses, surtout celles traitant de la communication. En même temps c’est normal puisque c’est la raison d’être de ce blog :)

  1. Bonjour

    Le français est en perpétuelle compétition dans la société actuelle et cela se reflète dans les clubs où l’on pratique le bonsai. Beaucoup trop sectaire d’une part et donneur de conseil avant d’ouvrir les esprits novices à l’Art qu’est avant tout chose le bonsai. Maître Andô disait, d’après les dires de certains amis qui ont eu l’opportunité de participer à ses cours, que le partage est la clé de voûte de la réussite ainsi que la pratique.

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