Le bonsaï au Japon

Interview de Gaby Becker

Interview de Gabriel Becker accordée à ActuBonsaï sur le niveau et l’avenir du bonsaï français.

Présentation :

Gaby Becker formateur bonsaï UBFJ’ai débuté dans l’art du bonsaï à l’âge de 35 ans, il y a donc prés de 25 ans, je suis allé à la rencontre des personnes les plus réputées en Europe, très vite j’ai compris que je ne trouverai pas l’équivalent en France. La rencontre avec (entre autre) Salvatore Liporace a marqué un tournant dans ma vision du bonsaï, ses créations me fascinaient, sa méthode de travail, de culture me laissait perplexe. J’ai donc été le premier élève inscrit sur la liste de l’EEBF, puis j’en ai pris la présidence pendant plusieurs années.

L’interview :

ActuB : On parle beaucoup du niveau du bonsaï français ces derniers temps. C’est quoi selon vous l’idée qui se cache derrière cette expression de « niveau » ? Qu’est-ce que l’on entends par là ? Et comment évaluez-vous le niveau du bonsaï français à l’heure actuelle ?

G.BECKER : Pour moi le niveau est la totalité des connaissances accumulées tant en culture, vision et art. La culture étant la plus importante, sans quoi la vision dans le temps et le côté artistique ne pourront jamais s’exprimer.

Malgré une évolution due à la création de nombreuses écoles, le niveau reste très faible comparé aux pays limitrophes. Les écoles nous donnent les voies à suivre, mais le travail le plus important c’est par la suite, mettre en pratique ce l’on a appris, mettre les mains dans des arbres de qualités constitue pour moi la formation la plus importante et c’est là que nous avons un problème en France, il n’y a pas de suite. Une fois sorti des années de formation dans les écoles, où sont les bonsaïs, que deviennent ils, après plus de 12 ans d’existence des premières écoles, l’on ne voit que très peu d’arbres dans nos expositions.

ActuB : Selon moi, le niveau c’est ce que l’on montre aux bonsaïka français et étrangers lors de nos expositions, ateliers etc. et par le biais de nos médias : forums, sites web, facebook, blogs, magazines. C’est avant tout une Image (au sens large du terme) que l’on va partager pour communiquer sur notre savoir faire.

B.BECKER : J’ai parcouru l’Europe dans tous les sens afin de pouvoir comparer la qualité des arbres en exposition et avoir une image globale, la comparaison, la mémorisation des arbres de qualité reste le meilleur moyen d’évoluer. Certains magazines nous montrent la fameuse rubrique de mise en forme d’une bouture avec des dessins à l’appui, en quatre dessins, un bois mort et une explication l’on nous fait croire que l’on obtient un bonsaï centenaire, la réalité est bien différente. Il y a bien longtemps que les bonsaïkas ne sont plus fédéré en France, cela a entraîné une division, une multitude de forums, des courants, des blogs, et finalement un isolement et un désarroi pour le débutant qui ne sait plus à quel saint se vouer.

gaby becker bonsai pin sylvestre

ActuB : On rêve beaucoup devant les bonsaï japonais, très souvent par le biais de magazines ou de sites internet, très très rarement en les voyant en vrai lors d’une exposition.

G.BECKER : C’est effectivement le cas, plus incompréhensible encore, l’on voit des bonsaïs de très grande qualité, des masters pièces, travaillés, fortement compactés, pourtant ces techniques sont critiquées en France.

ActuB : En France nous avons de très beaux arbres, mais nous ne semblons pas bénéficier d’une image à la hauteur de notre savoir faire. Pensez-vous que ceci soit dû à un déficit de communication et de moyens mis à cette communication?

G.BECKER : Oui c’est évident. La FFB fonctionne sur ses acquis elle n’innove plus, ne communique pas, très fermée, elle a surtout une vision unique. Le bonsaika français n’est jamais informé des événements en dehors de nos frontières. De part ces faits la motivation s’estompe, l’isolement se généralise. Je rajouterai que le débutant ne connaît pas les concours de bonsaïs, je parle bien de concours et non d’exposition, les concours sont un aboutissement dans la construction de l’arbre et se mesurer aux meilleurs dans un cadre prestigieux, nous permet de rester humble devant tant de merveilles.

ActuB : Nous disposons de trois magazines de bonsaï, mais seul Espr it Bonsaï est conçu et développé en France ; France Bonsaï et Bonsaï Focus étant des médias produits à l’étranger et traduits en français.

Aujourd’hui l’orientation des magazines papiers est tournée vers la masse des bonsaïka amateurs qui recherchent des articles pour apprendre le bonsaï, les techniques etc. C’est ce qu’il se vend de mieux, et pour vivre les magazines ont besoin de se vendre surtout dans cette période ou le secteur de la presse est durement touché par la crise.

Pour faire rayonner le bonsaï français à l’étranger ne serait-il pas nécessaire d’avoir dans notre presse papier des articles orientés sur les arbres prélevés et travaillés chez nous? Que ces articles disposent de belles photos faites en studio et que celles-ci puissent être communiquées de manière encadrée sur les médias du net, avec pourquoi pas des textes traduits en anglais?

G.BECKER : Personnellement les revues ne m’apportent rien, à l’époque de la revue « Bonsaïka » l’on y voyait de temps à autre une visite chez un amateur français avec des photos de sa collection, c’était très enrichissant. De nos jours la plupart des articles proviennent de traductions telles que du Japonais à l’Anglais de l’Anglais à l’Espagnol et de l’Espagnol au Français, nous sommes souvent bien loin de la première sensation, émotion que le créateur de l’article a voulu transmettre. Le Japon c’est le Japon avec sa culture (mentalité) et son climat, en France nous avons notre culture et notre climat. L’on veut à tout prix nous faire faire du bonsaï Japonais, les Italiens ont compris depuis bien longtemps que si l’on pratique les règles du bonsaï Japonais, elles doivent néanmoins être adaptées à notre culture.

ActuB : Les bonsaï de très haut niveau sont tous des yamadori, ce qui est naturel puisque la production en France est quasi-inexistante. Mais surtout, tous ces beaux arbres ne sont créés que par une poignée de bonsaïka talentueux.

Ne pensez-vous pas que pour faire monter le niveau en France nous devrions constituer des groupes de travail autour de ces personnes. Des groupes qui organisent le prélèvement, la reprise, les premiers travaux etc avec à la tête des bonsaika talentueux. On pourrait laisser de côté les ego pour servir des projets plus grands.

G.BECKER : Je partage totalement cet avis, mais à l’heure actuelle ces personnes sont écartées et c’est aussi pour cela que ces mêmes personne sont absentes des grosses manifestations représentent la France en Europe, à mon grand désarroi malheureusement.

A titre personnel et gratuitement, j’organise des ateliers chez moi, il est indéniable que le constat sur l’évolution des participants est phénoménal, je vais mettre cette formation à la disposition de l’UBF et toujours gratuitement.

Les yamadoris sont mes arbres de prédilection de part leur énorme potentiel, surtout le pin sylvestre. Mais j’aime tout autant les bonsaïs issus de boutures, de culture, à condition que ce soit un arbre de caractère et non un arbre conforme à des milliers d’exemplaires issus d’une « usine de clonage »

gaby becker exposition de bonsai

ActuB : Au fil des ans le bonsaï français c’est organisé autour du bénévolat et de l’amateurisme. Les professionnels n’occupent aujourd’hui qu’un rôle en périphérie dans l’organisation générale alors qu’ils en sont dépendants pour vivre et pérenniser leur entreprise.

Mon avis c’est qu’il faudrait retourner ce système pour placer les pros au centre afin qu’ils offrent une structure avec des moyens et des ambitions professionnelles et constituent ainsi la colonne vertébrale autour de laquelle s’articulerait notre passion. La réussite du rayonnement du bonsaï français irait de paire avec leur réussite commerciale ce qui peut constituer un important levier de motivation et de moyens. Ne pensez-vous pas qu’il serait bon qu’ils aient la possibilité de structurer l’environnement de leur gagne-pain?

G.BECKER : Le problème du bénévolat, c’est que ça coûte cher aux bénévoles. Il existe aussi bénévole et bénévole, celui qui fait ça pour son plaisir (heureusement il y en a beaucoup) et celui qui fait ça pour le titre, la gloire, le grade, enfin celui là s’incruste, et sa vision et l’unique vision (malheureusement il y en a quelques uns aussi).

Pour sortir de cette engrenage, je pense aussi qu’il faut placer les professionnels au centre du débat et leur donner les moyens d’exister, la réussite professionnelle et commerciale serait effectivement un moteur de motivation qui fait tant défaut aujourd’hui .

ActuB : Est-ce que vous avez des idées pour faire « monter » le bonsaï français? Des envies et des aspirations particulières ?

G.BECKER : Je suis bien placé pour répondre à cette question, de part mes 25 ans d’expérience, de formation, de formateur et surtout ma vitrine de bonsaïs, j’ai œuvré en vain, sollicité, prévenu, le malaise s’est perpétué jusqu’à la décision finale et longuement réfléchie, avec des gens qui partagent les mêmes motivations, essayer de regrouper à nouveau les amateurs de bonsaï, dans une nouvelle vision et une nouvelle fédération, l’UBF, c’est peut être prétentieux de notre part, mais on aura au moins essayé de faire bouger les choses.

Merci Gabriel d’avoir bien voulu participer à cette interview.

Une réponse dans Interview de Gaby Becker

  1. Mvf Fujisan 25 juillet 2013 à 12:53 #

    . Je partage avec plaisir l’interview de Gaby. Il a toujours défendu et mis en valeurs le bonsaï depuis aussi longtemps que je le connais

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