Interview de Jean-François Busquet

Interview de Jean-François Busquet

Interview de Jean-François Busquet accordée à ActuBonsaï sur le niveau et l’avenir du bonsaï français.

Présentation :

interview jean francois busquetEnfant, je faisais germer des marrons, des glands et autres graines d’arbres sans me soucier de leur avenir. Vers l’âge de 18 ans, quand on commence à réfléchir à l’orientation de sa vie, le métier que j’exerce aujourd’hui n’existait pas en Europe. Le bonsaï m’a rattrapé au début des années 80 et fût d’abord une passion, vite envahissante comme beaucoup d’amateurs. C’est pour la vivre pleinement que je me suis installé professionnel dans les Corbières en 2000. Un métier-plaisir et multi-facettes où les congés ne sont pas de mise. Mais peu importe, j’habite au pays des vacances.

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L’interview :

ActuB : On parle beaucoup du niveau du bonsaï français ces derniers temps. C’est quoi selon vous l’idée qui se cache derrière cette expression de « niveau » ? Qu’est-ce que l’on entends par là ? Et comment évaluez-vous le niveau du bonsaï français à l’heure actuelle ?

Selon moi, le niveau c’est ce que l’on montre aux bonsaïka français et étrangers lors de nos expositions, ateliers etc. et par le biais de nos médias : forums, sites web, facebook, blogs, magazines. C’est avant tout une Image (au sens large du terme) que l’on va partager pour communiquer sur notre savoir faire.

On rêve beaucoup devant les bonsaï japonais, très souvent par le biais de magazines ou de sites internet, très très rarement en les voyant en vrai lors d’une exposition.

En France nous avons de très beaux arbres, mais nous ne semblons pas bénéficier d’une image à la hauteur de notre savoir faire. Pensez-vous que ceci soit dû à un déficit de communication et de moyens mis à cette communication?

J-F.BUSQUET : Ce terme de niveau est-il vraiment approprié pour une activité de passionné de nature que sont avant tout les bonsaika ?

Nous aimons ,bien sûr, nous extasier devant des arbres exceptionnels présentés dans les grandes expo. Mais, je constate, depuis quelques années que beaucoup d’arbres primés dans ces concours internationaux sont directement issus des plus grandes pépinières japonaises. Dans ce cas, le niveau est plutôt en relation avec l’épaisseur du portefeuille des propriétaires….
Ou est alors le plaisir d’avoir fait évoluer son arbre année après année, pour finalement pouvoir l’admirer en tant que tel ? Le fondement de notre passion. Puis éventuellement réfléchir plus avant pour le sublimer dans une mise en scène au sein d’une expo : « Quand l’agriculteur devient artiste »

Ce niveau évolue de toute façon, il suffit de parcourir les catalogues des expo françaises du début des années 2000 pour le constater. La multiplicité des écoles, stages et autres formations démontre l’intérêt croissant des français pour le bonsaï. La France a toujours eu un rayonnement artistique important dans tous les domaines y compris celui des jardins. Jouons de cette spécificité, trouvons nos marques, Dans notre patrimoine, je retiens l’élégance, peut-être une piste ? Ne cherchons pas à aller plus vite que nos arbres dont le potentiel est envié par de nombreuses nations dont le japon. C’est principalement la maturité de leurs arbres qui est impressionnante, les années ….

La communication elle aussi s’améliore, notamment à travers les différents blogs qui apparaissent sur la toile et la qualité des arbres présentés la fera avancer automatiquement.

pin jf busquet

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ActuB : Nous disposons de trois magazines de bonsaï, mais seul Espr it Bonsaï est conçu et développé en France ; France Bonsaï et Bonsaï Focus étant des médias produits à l’étranger et traduits en français.

Aujourd’hui l’orientation des magazines papiers est tournée vers la masse des bonsaïka amateurs qui recherchent des articles pour apprendre le bonsaï, les techniques etc. C’est ce qu’il se vend de mieux, et pour vivre les magazines ont besoin de se vendre surtout dans cette période ou le secteur de la presse est durement touché par la crise.

Pour faire rayonner le bonsaï français à l’étranger ne serait-il pas nécessaire d’avoir dans notre presse papier des articles orientés sur les arbres prélevés et travaillés chez nous? Que ces articles disposent de belles photos faites en studio et que celles-ci puissent être communiquées de manière encadrée sur les médias du net, avec pourquoi pas des textes traduits en anglais?

J-F.BUSQUET : Trois revues en France , c’est une bonne chose, cela montre l’engouement suscité. L’offre est plus large et donc elle satisfait ou complète l’attente des amateurs. Ma préférence allant à Esprit-Bonsaï ; sa neutralité (déjà souligné par F. Jeker) et la variété des articles aussi bien sur les différentes techniques de culture ou de mise en forme que sur les essences présentées est intéressantes. Les reportages réguliers sur les expo internationales permettent de sortir de nos frontières sans bouger de notre fauteuil . Quand à parler plus souvent des arbres français, peut-être, mais élaborer un joli bonsaï est une chose, en faire un article intéressant, une autre, tout le monde n’est pas journaliste. De même pour les photos, sans un lieu et un matériel adéquat, c’est difficile de faire de belles images.

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ActuB : Les bonsaï de très haut niveau sont tous des yamadori, ce qui est naturel puisque la production en France est quasi-inexistante. Mais surtout, tous ces beaux arbres ne sont créés que par une poignée de bonsaïka talentueux.

Ne pensez-vous pas que pour faire monter le niveau en France nous devrions constituer des groupes de travail autour de ces personnes. Des groupes qui organisent le prélèvement, la reprise, les premiers travaux etc avec à la tête des bonsaika talentueux. On pourrait laisser de côté les ego pour servir des projets plus grands.

J-F.BUSQUET :  Le manque de pépinière de production en Europe est une chose mais ne suffit pas à expliquer cet attrait de la plupart pour les yamadori. Le japon par exemple regorge de ces pépinières où les arbres pris individuellement sont souvent magnifiques mais qui en fait, sont en ligne, identiques par millier dans les champs et leur goût pour le yamadori reste intact. C’est le caractère unique et impossible à reproduire de ces arbres qui fascine tant les amateurs à travers le monde. L’ouverture à l’imaginaire que procure la contemplation d’un arbre sauvage avant le moindre travail est déjà une satisfaction en soi.

Seule quelques essences parmi les feuillus comme les érables doivent passer par la production pour devenir un jour des bonsaï remarquables. Il y a là d’ailleurs un point intéressant, car dans ce cas et uniquement avec de la technique appliquée durant 30 ou 40 ans, certes parfaitement maîtrisée, on peut obtenir un chef- d’oeuvre sans la moindre créativité. Sûrement l’origine de cette distinction entre artiste et artisan.

Avec les arbres sauvages, l’approche est différente mais tout aussi pointue. Un pin par exemple peut-être irrémédiablement déformé par une gestion trop ample de l’arrosage et de l’engrais. De plus une très bonne connaissance de ces fameuses règles de construction bien qu’elles soient une assise, sera insuffisante sans introduire une certaine dose de créativité dans la formation de ces arbres au caractère unique. Les artistes français reconnus qui exposent leur travail servent de moteur à cette
création. Avec l’apprentissage des techniques et les savoir faire propres à chaque essence, le domaine est vaste et l’étalement sur 8 ans comme le propose les écoles japonaises européennes me semble un modèle dont il faut s’inspirer. Cela permet un suivi des arbres très bénéfique à leur bonne évolution tout en adaptant la pédagogie et les conseils au sujet en cours. Je pense que c ‘est surtout autour de l’organisation de ce travail d’entretien et de bonification qu’il faut réfléchir.

buis jf busquet

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ActuB : Au fil des ans le bonsaï français c’est organisé autour du bénévolat et de l’amateurisme. Les professionnels n’occupent aujourd’hui qu’un rôle en périphérie dans l’organisation générale alors qu’ils en sont dépendants pour vivre et pérenniser leur entreprise.

Mon avis c’est qu’il faudrait retourner ce système pour placer les pros au centre afin qu’ils offrent une structure avec des moyens et des ambitions professionnelles et constituent ainsi la colonne vertébrale autour de laquelle s’articulerait notre passion. La réussite du rayonnement du bonsaï français irait de paire avec leur réussite commerciale ce qui peut constituer un important levier de motivation et de moyens. Ne pensez-vous pas qu’il serait bon qu’ils aient la possibilité de structurer l’environnement de leur gagne-pain?

J-F.BUSQUET : Avec un marché qui fonctionne au coup de coeur, sans réel besoin, l’approche est différente et le retour d’exemples des pays où les pros sont partie prenante dans les fédérations n’est pas très bon. En France, le marché n’est pas (encore) saturé par leur trop grand nombre et l’offre de l’ensemble des professionnels du bonsaï, chacun s’étant plus ou moins spécialisé dans un domaine ; jeune plant, pré bonsaï, import, yamadori, arbre aboutis, outillage ..etc.. avec en général un bon maillage du territoire me semble suffisant pour satisfaire la demande. Nous avons même maintenant des ébénistes et des potiers de grand talent. D’autre part, l’entente est bonne et je peux témoigner d’échanges réguliers entre nous.

Le seule avantage que je verrais dans une nouvelle structure serait d’exclure et de démontrer le manque de sérieux de toutes ces « boutiques » de pseudo vendeurs et autres préleveurs à la sauvette qui fleurissent sur le net cherchant juste à se faire de l’argent sans s’investir et sans investir.

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ActuB : Est-ce que vous avez des idées pour faire « monter » le bonsaï français? Des envies et des aspirations particulières ?

J-F.BUSQUET : La création de L’UBF est une bonne chose pour ouvrir le bonsaï français à la créativité tout en gardant cet élan vers la qualité dont nous disposons actuellement. La finalité du bonsaï est tout de même l’esthétique et par là l’ouverture au rêve, tous les autres éléments comme la culture bien qu’inséparables de l’ensemble n’en sont que le véhicule. C’est par l’exemple, au travers de nos expo, que l’imaginaire des amateurs pourra s’enrichir.

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Merci Jean-François d’avoir bien voulu participer à cette interview.


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