Le bonsaï au Japon

Interview d’Olivier Barreau

Interview d’Olivier Barreau accordée à ActuBonsaï sur le niveau et l’avenir du bonsaï français.

Présentation :

olivier barreau interviewUn professionnel au service de l’arbre!

(NDLR : sa biographie complète est à découvrir sur son site.)

L’interview :

ActuB : On parle beaucoup du niveau du bonsaï français ces derniers temps. C’est quoi selon vous l’idée qui se cache derrière cette expression de « niveau » ? Qu’est-ce que l’on entends par là ? Et comment évaluez-vous le niveau du bonsaï français à l’heure actuelle ?

O.BARREAU : Le niveau du bonsaï français a certes progressé par rapport aux pays occidentaux. Cependant, nous sommes encore loin derrière l’Espagne, l’Italie ou l’Angleterre.

Ou bien le niveau du bonsaï français peut être perçu comme la qualité de travail des français qui est sur la bonne voie, selon moi. Cours et formations fleurissent, qualités des arbres, pots, tablettes évoluent mais il reste du chemin à parcourir ; seul l’investissement de passionnés le permettra. Je ne parle pas juste d’un investissement financier, soyons clair, mais d’exigence de résultat de son travail ; dans l’art du bonsaï il n’y a pas de place pour l’à peu près !

Je me souviens de certaines formations où je disais (et je le dis toujours) qu’une des clés de la réussite est d’être « exigeant », exigeant  envers soi-même, surtout lorsque nous sommes seuls face à nos arbres. »

ActuB : Selon moi, le niveau c’est ce que l’on montre aux bonsaïka français et étrangers lors de nos expositions, ateliers etc. et par le biais de nos médias : forums, sites web, facebook, blogs, magazines. C’est avant tout une Image (au sens large du terme) que l’on va partager pour communiquer sur notre savoir faire.

On rêve beaucoup devant les bonsaï japonais, très souvent par le biais de magazines ou de sites internet, très très rarement en les voyant en vrai lors d’une exposition.

En France nous avons de très beaux arbres, mais nous ne semblons pas bénéficier d’une image à la hauteur de notre savoir faire. Pensez-vous que ceci soit dû à un déficit de communication et de moyens mis à cette communication?

O.BARREAU : Je pars du principe que quand on veut, on peut. Le manque de moyens ou de déficit de communication est une excuse aux problèmes. C’est à chacun de nous, moi le premier, de travailler sur la communication.

ActuB : Nous disposons de trois magazines de bonsaï, mais seul Esprit Bonsaï est conçu et développé en France ; France Bonsaï et Bonsaï Focus étant des médias produits à l’étranger et traduits en français.

Aujourd’hui l’orientation des magazines papiers est tournée vers la masse des bonsaïka amateurs qui recherchent des articles pour apprendre le bonsaï, les techniques etc. C’est ce qu’il se vend de mieux, et pour vivre les magazines ont besoin de se vendre surtout dans cette période ou le secteur de la presse est durement touché par la crise.

Pour faire rayonner le bonsaï français à l’étranger ne serait-il pas nécessaire d’avoir dans notre presse papier des articles orientés sur les arbres prélevés et travaillés chez nous? Que ces articles disposent de belles photos faites en studio et que celles-ci puissent être communiquées de manière encadrée sur les médias du net, avec pourquoi pas des textes traduits en anglais?

O.BARREAU : Exactement, si nous voulons faire valoir notre savoir-faire, la qualité de nos arbres, nous devons nous ouvrir aux autres. Cela passe par les presses, le web, les expositions hors frontières françaises.

Je vais émettre une simple constatation. Certes vous me direz facile puisque je suis dans les derniers à répondre à cette interview. En effet, je soutiens tout ce qui a été dit en relation avec Esprit Bonsaï, pour une fois, un pur produit français ; mais personne n’a émis une opinion sur Bonsaï Focus. Je vous rassure, on est bien français…

Pour ma part, Esprit Bonsaï et Bonsaï Focus sont complémentaires. Ce dernier a un œil sur le monde, allant du Japon aux Etats Unis, en passant par l’Europe. Concernant France Bonsaï je n’y suis plus abonné et de ce fait je ne puis me permettre un avis.

ActuB : Les bonsaï de très haut niveau sont tous des yamadori, ce qui est naturel puisque la production en France est quasi-inexistante. Mais surtout, tous ces beaux arbres ne sont créés que par une poignée de bonsaïka talentueux.

Ne pensez-vous pas que pour faire monter le niveau en France nous devrions constituer des groupes de travail autour de ces personnes. Des groupes qui organisent le prélèvement, la reprise, les premiers travaux etc avec à la tête des bonsaika talentueux. On pourrait laisser de côté les ego pour servir des projets plus grands.

O.BARREAU : Ces personnes là sont peut-être bien « talentueuses » mais le moteur de ce « talent » est avant tout notre passion profonde pour les arbres.

Personnellement, des stages axés sur le prélèvement poseraient à court terme de nombreux problèmes. Nous ne disposons pas de contrées infinies de prélèvement comme j’ai pu le vivre au Québec. Par contre, des stages regroupant la culture, l’esthétique, les mises en formes, les mises en scène en exposition, etc sont indispensables. Il faut mettre « les mains dans le cambouis » !

Dans notre art, le côté spirituel et didactique sont présents mais s’associent de manière indissociable aux cotés « mise en œuvre ». La relative « confiance » devant la mise en forme d’un arbre ne s’acquiert que dans la pratique. J’entends souvent autour de moi : « je sens l’arbre mais je n’arrive pas à me lâcher pour la mise en forme ». Il n’y a pas de problème, ce moment là arrivera mais il doit être perçu comme un besoin naturel et non comme une fin en soi.

Du point de vue de l’ego, je n’ai qu’une seule chose à dire, ce sont nos arbres les témoins.

ActuB : Au fil des ans le bonsaï français c’est organisé autour du bénévolat et de l’amateurisme. Les professionnels n’occupent aujourd’hui qu’un rôle en périphérie dans l’organisation générale alors qu’ils en sont dépendants pour vivre et pérenniser leur entreprise.

Mon avis c’est qu’il faudrait retourner ce système pour placer les pros au centre afin qu’ils offrent une structure avec des moyens et des ambitions professionnelles et constituent ainsi la colonne vertébrale autour de laquelle s’articulerait notre passion. La réussite du rayonnement du bonsaï français irait de paire avec leur réussite commerciale ce qui peut constituer un important levier de motivation et de moyens. Ne pensez-vous pas qu’il serait bon qu’ils aient la possibilité de structurer l’environnement de leur gagne-pain?

O.BARREAU : C’est à nous seuls professionnels de structurer notre espace avec, pourquoi pas, une aide extérieure, mais une chose est sure : nous ne pouvons exister sans les passionnés.

ActuB : Est-ce que vous avez des idées pour faire « monter » le bonsaï français? Des envies et des aspirations particulières ?

O.BARREAU : Travail, formation, investissement, exigence, chacun participant à son niveau mais ce sera une pierre à notre édifice, un investissement personnel et commun de la part de nous tous ; nous avons besoin d’idées sans cesse pour évoluer. L’art du bonsaï : l’art de l’arbre en pot évoluera grâce à la main de l’homme créant ainsi des tendances, des mouvements, etc.

En effet, un arbre dit « naturel » ne se retrouvera jamais naturellement en pot.

artisan bonsai - prelevement

Merci Olivier d’avoir bien voulu participer à cette interview.

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